Ceci n’est pas une critique. Juste un écho. Une évaluation à chaud ! une parole. Je m’en tiens à un blabla, je le confesse ! Je vais dé-blabla-térer : j’ai vu la Desdémone et l’Ophélie de Shakeaspare des frères Fauvel c’est mon appellation intime et personnelle du théâtre desFuries) . J’ai vu et je dirais ce que j’ai vu. Je vais donc J’ai eu un plaisir considérable à voir ce que j’ai vu et je dirais de quoi a procédé ce plaisir …Que je m’emploie à prolonger par le biais de ce témoignage !
J’ai plaisir à me rappeler, à me remémorer certaines images, à prolonger ma réflexion sans souci d’ordre, sans souci d’édification…D’autres pencheront leur front studieux sur les attendus de ce spectacle…D’autres expliqueront et éclaireront les tenants et aboutissants…Pour ma part, je me suis plutôt pris au jeu…Et, pour lors, cela suffit à mon bonheur. J’y trouve entière et pleine satisfaction …Je diffère d’en savoir plus. Je m’offre la situation bien connue de l’innocent aux mains pleines. « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ! » . Je serais donc lamentablement, pas sérieux ! Mes propos seront de bistrot, entre bière et limonade…Shakespeare and Co traité comme une affaires courante, comme on commente le dernier match du stade Malherbe, comme entre potes, on s’épanche en confidences, sur la beauté des dames… Ah la Ophélie ! Wouais ! Wouais …Et Desdémone ? Hein , qu’est-ce que t’en dis ? …Purée de moine… « Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux »…Soir de janvier 2009, au Centre Dramatique de Normandie (32 rue des cordes à Caen) se donnait « Shakespeare de fracas et de furie ». J’y étais.Le spectacle s’y joue jusqu’au 6 février.
J’applaudis à tout rompre
Entre fracas et furie
Applaudir. Sans surprise, on finit par le faire. Rituel social de fin de spectacle. J’applaudis à tout rompre et je vois, à deux fauteuils de moi, même rang, un couple plutôt d’âge mûr, sombrement clos sur lui-même, imperturbable, impavide..De marbre. Une pierre tombale….Et au deuxième rang, devant moi, légèrement à ma gauche, un autre couple –jeune celui-là- qui non seulement applaudit mais donne de la voix et s’offre –comble d’insolence juvénile- une standing ovation !
Contraste saisissant et total.
Digression 1
J’avais déjà vu ça –ce phénomène là –avec « le malheur de Job » d’un certain Jean Lambert-wild! Vu et revu avec « idiot cherche village » d’un certain autre Thomas Ferrand. Avec ce « Shakespeare », on peut dire et …. De trois ! Il y a là, dans ce cadre là : Centre Dramatique …Un phénomène manifestement nouveau. Un enjeu nouveau ? Problème de personnes ? Enjeux artistiques ? Problème générationnel ?Je tourne autour du pot …Mais ma religion est belle et bien établie. Oui, la question des questions, c’est l’art ou la culture : il faut choisir ! Et pour moi –en dernière instance- la seule question qui vaille c’est la réalité du geste artistique…sa réalisation pratique et concrète par l’artiste devant un public. Et c’est vraiment cela qui est observé et observable en ce moment, au Centre Dramatique National. Quel théâtre voulons-nous ? Un débat peut en cacher un autre. Le débat sur les problèmes économiques, structurels de l’institution empêche qu’on se saisisse, à bras le corps, du débat sur l’art théâtral. Empêche que l’on s’inquiète des contradictions et oppositions qui travaillent le théâtre et ses œuvres. Quel théâtre ? Quel théâtre et pour qui ? Avec qui ? Hein ? hein !
Donc le jeune couple applaudit devant et debout : clap, clap !
Et comme je clappe aussi avec ardeur, j’embrasse dans un même mouvement d’enthousiasme les acteurs et le jeune couple interposé. À juste titre, pensé-je alors, car ce spectacle-là, a besoin, pour prendre sa vraie dimension, de spectateurs actifs. Public actif de cette qualité qui lui est propre et possible : avoir un imaginaire actif, participer à l’élaboration du langage proposé. Si le spectateur ne veut pas donner du sien (de sa capacité à collaborer) si, il veut s’en tenir à un strict rapport de consommation sans s’amuser d’une participation ludique, alors il ne peut que s’ennuyer furieusement !
Il lui est accordée, une liberté d’interprétation et de composition dont l’usage fait tout le plaisir et le bonheur de la rencontre avec le travail proposé. Réfuter cette liberté, c’est donc se condamner à un ennui, voire une incompréhension mortels. On l’aura compris, je ne me suis pas privé de ce plaisir là. J’en ai usé et j’en abuse encore, en jouant, ici, les prolongations.
Digression 2
L’enthousiasme au théâtre …Se traduit par un regain de jeunesse ! Embrassons nous, le spectacle est beau ! l’euphorie conduit à des transports et des manifestations idiotes, puériles et impudiques. Il y a un « on se fout de tout » quand l’enthousiasme vous prend…Un relâchement sensible traduit l’ivresse à laquelle on s’abandonne…Et c’est tant pis pour les doctes, les pisse-froids et autres cul-sérrés…Mais Rabelais déjà, s’en ait fait gorge chaude ! Le plaisir reçu sollicite que l’on bouscule la bienséance et que l’on chahute la langue. Ainsi ce « Shakespeare » incite à des débordements. Il divise et clive sérieusement et passionnément. Je ne suis pas dupe de mes débordements…Et, de ce que mon adhésion a de fulminante !
Je me consent Auguste et bouffon dans cette affaire. M’octroie le beau rôle, j’en conviens. Toujours à ma convenance, le non-participant, le spectateur sagement réservé, endosse –qu’il me pardonne- la barboteuse bien taillée du clown blanc. Si ce spectateur n’existait pas, il faudrait l’inventer. Paramètre utile, il défend la raison tandis qu’Auguste s’abandonne au délire ! Au bout du compte, l’un ne va pas sans l’autre. Le clown de Shakespeare, n’est qu’un honnête paysan habité de bon sens.
Le bon sens n’est sûrement pas ce que convoque le spectacle des frères Fauvel qui s’amusent de l’insensé, d’absenter le sens, de le perdre et de le chercher ! Mais où est-il passé ce foutu sens ! Où ai-je pu fourrer mes clefs ! Où sont passées mes pantoufles chantait le regretté Jean Constantin : mes pantouf -touf –touf’s ! Mes pantouf’-touf-touf’s ! Mes pantouf’s ! Mes pantouf’s !
La règle du jeu implique que le spectateur collaborateur occasionnel de l’œuvre, la signe.
L’applaudir serait donc bien, ici, la co-signer. Pourtant, comme nous l’allons voir : nous sommes loin de tenir ce spectacle pour une auberge espagnole. Si chacun doit apporter sa contribution, elle est sollicitée dans un registre et un cadre précis : les conventions que l’on prête au théâtre élisabéthain. Voulez-vous jouer Shakespeare avec moi. Telle pourrait être l’invitation heureusement formulée. La réponse ?
SHAKESPEARE / ABSOLUMENT !
Qu’est-ce que le théâtre ? Du théâtre en occident ? Du théâtre tout continent ? Qu’est-ce que l’on retrouve tout le temps et en tout lieu qui serait l’élément constitutif du théâtre, son postulat d’Euclide ?
La réponse (elle est loin de m’appartenir ) serait, pourrait bien être : le simulacre.
Prenez la chose à l’envers : enlever le simulacre, que reste-t-il du théâtre ?
Pour moi, rien. J’avoue, je concède : si j’ai passion du théâtre, c’est du simulacre qu’elle relève ! Reproduction, représentation, fiction, faux-semblant et vrai-semblant, le simulacre se décline à toutes les sauces. Mais il n’est pas toujours permis d’en jouer et d’en jouir. Quand cela est : j’en suis ravi. Je suis donc, incontestablement de parti pris pour l’art du simulacre.
Digression 3
Définition petit Larousse du Simulacre n.m. (du latin. Simulacrum, reproduction).Image, statue, Fantôme, apparition, vision : voir en rêve de vains simulacres ; les simulacres des faux dieux. Apparences sans réalité ; semblant : sous Jules César, il n’y avait à Rome qu’un simulacre de république. Représentation, action simulée : faire un simulacre de combat, de débarquement.
Comme le simulacre (de mon point de vue) est consubstantiel à l’existence même du théâtre ; du goût et du plaisir qu’on en y prend, découle goût et plaisir pour cet art singulier : le théâtre.
Brecht souhaitait qu’il y ait une lisibilité du théâtre comme il y a lisibilité du sport. Il disait que le spectateur qui vient au théâtre, doit savoir à quel sport on l’invite à participer.
Ainsi, il souhaitait que l’on distingue les théâtre(s). Le théâtre épique à distinguer du théâtre dramatique. Justement, dans l’un et l’autre théâtre, le simulacre n’y a pas le même statut. Le simulacre se montre ou se dissimule ? Et cela montre ou dissimule quoi ? Le processus de production ! Expose ou dissimule ce qui est produit sur le plateau.
Par exemple, le naturalisme est un simulacre où l’on doit confondre la chose représentée avec la chose elle-même. Rendre le plus possible illisible le simulacre ! Que l’on parvienne à l’oublier et que le leurre remplisse parfaitement son office…Ce théâtre-là s’organise sur un trompe l’œil impliquant un certain jeu des acteurs. Tromper, créer l’illusion du réel, tel est le but poursuivi. À quelle fin ? Ce peut être pour une bonne …ou mauvaise cause ; Le spectateur est mis devant un fait accompli. L’affaire est entendue. Nous n’ouvrirons pas ici, le débat.
À l’opposé, il peut exister un théâtre qui montre son ressort, son processus de production : ce théâtre-là mettra en évidence le simulacre : comment il se produit ! À quoi il sert. Personne n’est dupe. La proposition des frères Fauvel se rapproche plutôt de cette hypothèse, mais elle excède et dépasse la position brechtienne …Elle ajoute au « personne n’est dupe » le libre consentement des spectateurs à l’être ! Absence totale de garde-fou ! Voilà le risque encouru. C’est même de ce risque-là que les frères Fauvel font un emploi radical…Ils font du simulacre et de sa lecture la clef de voûte de leur jeu, de leur théâtre, du plaisir qu’ils y prennent et qu’ils proposent en partage !
N’est dupe que, qui y consent, ne s’y trompe que, qui se pique au jeu. Au jeu ! Car ici, le jeu est souverain à travers un feu d’artifice de propositions. Un seuil est franchi…par lequel peut s’engouffrer et se fonder une critique et quelques réticences.
Du jeu avant toute chose
Primauté de l’acteur
Exposer le simulacre, c’est-à-dire, les moyens que l’on a de leurrer et tromper les gens, nous paraît aujourd’hui comme hier, d’un grand mérite. Parce que, les manipulateurs de tout poil disposent de moyens modernes, hyper sophistiqués et qu’à l’opposé, les moyens employés par les frères Fauvel sont hyper archaïques. Ils donnent tout à voir. la pauvreté des moyens du théâtre fait ici loi…Le plus pauvre étant bel et bien : l’acteur !
Se donner par le moyen quasi exclusif, de cet être chétif et mal dégrossi qu’est l’acteur, l’appétit de représenter le Monde, l’Histoire, la Beauté, le Roi …C’est un pari fou qui frise une certaine débilité ! Pari possible seulement avec la complicité de gens qui acceptent de mettre en veilleuse leur capacité consciente quelques instants pour se donner à croire au merveilleux, au magique. Il faut être de connivence ! Pour qu’à partir de rien ou d’un moins que rien : l’acteur, un monde se bâtisse ! Qu’une histoire grande ou petite, s’inscrive. Ce fut bien là le mode opératoire de William Shakespeare et du théâtre du Globe…Les frères Fauvel reprennent à leur compte le pari et font la joyeuse démonstration que le pari est loin d’être épuisé. Ce n’est pas tant, disent-ils, le texte qui serait encore actuel, moderne et inépuisable (d’autres le disent ) que l’ancien jeu du théâtre (ce qui fait que le théâtre n’est pas que littérature et procède avec et malgré le texte d’une autre technique), le jeu Shakespeare (à suivre....)