PRESSE - CRITIQUES

LA TERRASSE ( Véronique Hotte )
Critique / Shakespeare de Fracas et de Furie
David Fauvel porte violemment à la scène Desdémone et Ophélie, des spectacles pour figures féminines shakespeariennes négligées. Installation rock’n’roll, fumigènes et eau vivifiante. Décapant.
Le plateau de théâtre avec ses accessoires, seau d’eau, micros, lit blanc mobile et longue table roulante est bousculé par le chahut de Sandra Devaux, Stéphane Fauvel et Fabienne Guérif, une génération de comédiens qui, avec le metteur en scène David Fauvel, sont unis par la même fantasmatique. C’est un esprit provocateur qui se moque du regard conventionnel de la société asservie aux contraintes de la triste réalité. Masques vénitiens, perruques Andy Warhol, fard blanc et maquillage outrancier, un bal des vampires s’organise dans l’obscurité de la nuit et les fumigènes des cœurs. Les voilages transparents, les rideaux de tulle et les robes légères font de la scène une installation arts plastiques, un jeu entre l’ombre menaçante et les éclairages blafards. Avec l’insistance d’une musique rock qui roule rageusement, encline à ne suivre que son propre rythme. Les silhouettes arrogantes déroulent un tapis rouge à la violence de leur désir sensuel et sexuel afin que s’accomplisse enfin dans la joie, la libération imaginée.

La mort n’est jamais loin, un paravent macabre de catacombes

Les images de ce songe campent les figures de Desdémone et d’Ophélie qui tentent de crier leur colère et leur rancœur. Elles vivent dans un monde à dominante masculine virile. Desdémone voit encore en son époux Othello, et en son ami Cassio, une possibilité d’échapper à l’insatisfaction pour goûter à l’existence à travers les pouvoirs de la passion. Cassio joue double jeu, amoureux de la reine et travestie féminine. La mort n’est jamais loin, un paravent de catacombes incrusté de crânes blancs sculptés dans le marbre tel le tombeau d’un souverain d’une époque passée, celle des pestiférés de la lagune. Ophélie ne suit dans sa passion que Hamlet, femme également travestie, dans les soubresauts d’un tumulte dévastateur et expiatoire, entre une sono déchaînée, une bassine d’eau purificatrice où l’on plonge la tête, et les borborygmes bestiaux des mâles. La reine et la mère, Gertrude, porte un masque tandis que Claudius, l’oncle fratricide, se déshabille, déguisé en femme dans sa baignoire. « Celui qui a tué mon père a fait de ma mère sa putain » : corset et bas jarretelles, rien de tel pour lasser le fils royal  qui renvoie Ophélie au couvent et à la mort, craignant qu’elle ne fasse partie de « toutes ces femmes qui se laissent saillir par les hommes ». Un cauchemar de messe noire à l’onirisme inventif. Une esthétique trash aux couleurs de deuil.

Véronique Hotte

Shakespeare de Fracas et de Furie, Desdémone et Ophélie, d’après Othello et d’après Hamlet de Shakespeare, traduction de François Victor Hugo, adaptation et mise en scène de David Fauvel, jusqu’au 6 février 2009 à la Comédie de Caen, Théâtre des Cordes à Caen : 02 31 46 27 27. Du 17 au 20 février à La Chapelle Saint-Louis à Rouen. Le 24 mars à la Scène Nationale 61 à Flers, le 26 mars à la Scène Nationale 61 à Alençon, le 5 mai au Préau-CDR de Vire. Spectacle vu au Théâtre des Cordes à Caen

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Critique  Philippe du Vignal

Shakespeare de fracas et de furieimage21.jpg , adaptation et mise en scène de  David Fauvel.

  Jean-Lambert Wild,  le nouveau directeur  de la Comédie de Caen a  invité une jeune compagnie de la région Le théâtre des Furies a venir  présenter son nouveau spectacle pendant deux semaines. Ce qui est  généreux et pas si fréquent… Quand on pense que Le Théâtre national  de Strasbourg n'a jamais voulu programmer le Théâtre de l'Unité  son  proche voisin de Franche-Comté , qui a promené son  Vania à la  campagne  un peu partout en France comme en Europe et  qui  existe,lui, depuis 40ans, cela donne une haute idée des rapports  entre les théâtreux puissants et les autres, même reconnus et  subventionnés depuis longtemps. Enfin, passons sur ce système de  forteresses à la française.
David Fauvel a donc imaginé un spectacle en deux parties d'une  heure qui peut être considéré comme une sorte de condensé/ adaptation  à forte connotations d'art contemporain de deux des pièces les plus  connues de Shakeapeare: d'abord Desdémone, d'après Othello , puis  après un entracte, Ophélie d'après Hamlet, mais en gardant que les  personnages les plus essentiels du drame., et les morceaux de texte  tels quels. Vitez, je me souviens , avait un jour proposé comme  exercice à ses élèves de l'école de Chaillot: à quelques uns, jouez  moi Hamlet en quelques minutes. Sans préparation, sans costumes, sans  texte à la main. Et , dans cette espèce de réduction/ concentration à  l'essentiel qui était avant tout  un exercice sur la mémoire des  personnages, il y avait parfois des éclairs merveilleux de lucidité  et de fraîcheur.
Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'un exercice d'apprentis- comédiens mais il y  chez David Fauvel cette même volonté de se  battre avec deux textes qu'il admire mais avec lesquels il ne se sent  tout de même plus en phase..  On n peut n'être pas d'accord avec  beaucoup de choses de son spectacle mais,  au moins, il y a chez lui,  le plaisir de s'emparer d'un plateau et d'y projeter ses envies ,et  cela, ce n'est  plus si souvent le cas, comme ce le fut dans les  années 70 / 80, où les metteurs en scène voulaient absolument en  découdre, et avec le théâtre dit classique, et avec le monde qui les  entourait;
Donc mais sans vouloir l'inonder de bottes de roses rouges venues  par avion du Kenya ( merci pour la planète!),  les univers imaginés  par David Fauvel font penser à nombre de créateurs américains du  siècle précédent: le grand John Vaccaro avec  ses comédies musicales  délirantes, Richard Foreman, Jo Chaikin, Julian Beck et Judith  Malina., Bob Wilson, bien sûr. ( Je vois d'ici le regard effaré de  David Fauvel  (qui a quand même 38 ans) protégé par son bonnet de  laine: “Ce du Vignal, avec tous ses ancêtres , il en voit des choses,  tant mieux pour lui mais, moi, je m'en fous“. Et il aurait sûrement  raison, mais le dire est plutôt flatteur pour lui qui sait diriger  ses acteurs: Stéphane Fauvel, Fabienne Guérif, Sandra Devaux, et lui- même.
Il a aussi voulu décomposer/ recomposer le texte, casser les  effets de diction, imposer la nudité du plateau et mettre les  éclairages rasants au pouvoir: il y a souvent beaucoup de naïveté  dans cette espèce de construction théâtrale qui obéit trop souvent à  des poncifs contemporains; c'est là où David Fauvel devrait faire   attention, mais l'eau partout utilisée à n'importe quel moment, les  corps nus dans des films plastiques, les fumigènes bien immondes  utilisés à outrance, les maquillages grossiers ,etc… excusez-moi,  mais, si vous pensez que c'est de la provoc, c'est de la provoc  qui  est déjà plus vieille que vous et usée jusqu'à la corde…   David Fauvel a voulu nettoyer ces deux textes à la vapeur pour  retrouver  les motivations des personnages en les transposant dans le  monde d'aujourd'hui; ce qui l'intéresse  c'est, avant tout, le   rapport à la sexualité et au costume-en particulier au vêtement et au  sous -vêtement féminin ( petit corsets, bas, chemisiers vaporeux…,  et à l'érotisme tel que l'on peut le vivre en 2009 quand on a une  vingtaine d'années. Il a donc imaginé une Desdémone  tout à fait  contemporaine qui n' a absolument pas peur d'assumer ses fantasmes  sexuels. Quant à la pauvre Ophélie, menacée du bordel par Hamlet,   elle devient une sorte de déchet, ce n'est plus tout à fait la sainte  paienne de la version officielle, mais une sorte de réplique plus  jeune de la pute qu'est devenue,  à ses yeux , sa mère.
Et cela donne souvent des images d'une grande beauté, comme cette  longue table recouverte d'inox qui pourrait être à sa place dans un  musée d'art contemporain,  des tulles blancs flottant au vent et  envahis de brume, des visages aux masques étranges ; le spectacle  est imprégné d'art conceptuel et minimal surtout,  et bien mis en  valeur par  une bande- son tout à fait remarquable signée Jean- Noël  Françoise et Arnaud Léger  avec, notamment du Chostakovitch , et des  morceaux rock étonnants, une lumière très soignée de Stéphane Babi  Aubert , si bien qu'on en pardonne les  maladresses et les naïvetés .  et que l' on est admiratif devant cette  énergie et ce rythme  qui   restent aussi efficaces tout au long du spectacle. Bien sûr,  il faut décrypter et mieux vaudrait  connaître son  Shakespeare mais, après tout, il n'est pas vraiment essentiel de  tout comprendre;  et il y a un signe qui ne  trompe pas: la bande de lycéens qui était à la première ont bien vu  qu'il s'agissait d'un travail d'une grande honnêteté , (à cent  kilomètres d'une création “répondant aux exigences du public”   qui  ravirait le petit Nicolas) ; ils  ont été très attentifs et n'ont à aucun  moment boudé leur plaisir.

Ce type de spectacle ne peut sans doute être érigé en modèle -disons qu'il est un peu tendance en ce en ce moment -mais, c'est un exemple intéressant de la jeune création théâtrale en France. A voir? Oui, si vous n'avez pas de rhume,  de bronchite ou d'allergie  à cause de ces foutus fumigènes…), et si vous avez encore des  envies de découverte. Rassurez-vous , les  deux heures, malgré quelques longueurs, passent encore  plus vite qu'un bon film. On peut sans doute faire la fine bouche et  pourtant ,c'est du théâtre, enfin ce que j'appelle , moi , du Vignal  ( et je persiste et je signe) du vrai théâtre, au sens étymologique  du terme. Et j'aime bien ces  spectacles qui sont remplis de défauts mais aussi de promesses…Vous pouvez toujours laisser des commentaires désobligeants, si vous n'êtes pas d'accord, mais… voyez d'abord.

Philippe du Vignal

 Comédie de Caen, jusqu'au 6 février puis  en février toujours  à La  Chapelle Saint-Louis à Rouen, puis en mars à Flers, à Alençon et en  mai, au Préau-CDR de Vire. Autant dire que les gens qui liront ce  papier ont peu de chances de le voir, à moins de miracle avignonnais  ou parisien, sait-on jamais?

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Dernière mise à jour de cette page le 07/02/2009

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